Société Belge de Gemmologie - Gemmology: cours de gemmologie, matériel de gemmologie

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Pierres précieuses, remèdes ou poisons ?

Au delà de la place importante qu'il occupe dans la légende, le pouvoir surnaturel des pierres précieuses s'est concrétisé, depuis des temps immémoriaux, sous forme de recettes visant à améliorer ou à ruiner la santé de l'humanité.

Il y a 80.000 ans, l'homme de Neandertal recouvrait ses morts d'hématite pulvérisée dans un but qui nous est, certes, devenu obscur, mais auquel il croyait car nombreuses sont les tombes dans lesquelles on relève des traces de ce rite.

Par la suite les peuples anciens, tels les Chaldéens, les Perses, les Egyptiens et les Romains ont découvert des formules où les pierres précieuses jouaient un grand rôle ils nous les ont transmises au travers de tout le Moyen-Age jusqu'à notre époque car tout scientifique qu'il soit, notre vingtième siècle ne renie pas tout cet héritage : Force nous est de constater au contraire, qu'il connaît une recrudescence des croyances ésotériques et très nombreux sont nos clients accordant une certaine importance à l'influence des pierres précieuses considérées comme talismans, liés ou non à l'astrologie sous l'aspect de pierres zodiacales.

Notre propos n'est pas d'infirmer ou de prouver l'efficacité des pierres précieuses en tant que médicaments, mais il est incontestable que la pharmacopée homéopathique incorpore, en quantités infinitésimales, certains minéraux dans ses recettes et qu'elle obtient des résultats positifs.

Il n'y a pas plus de 30 ans qu'en Amérique, on signalait le cas d'une dame qui s'est adressée à un laboratoire pour faire pulvériser finement une série de rubis qu'elle possédait dans un bracelet, afin d'en faire une poudre queue avait l'intention d'absorber pour se guérir d'une jaunisse. Actuellement la médecine "Unani" , d'inspiration musulmane et qui est surtout pratiquée en Inde emploie toujours un mélange à base de vieux bijoux oxydés de plantes de fruits séchés, de miel et de sucre. Cette mixture a, parait-il un goût extraordinaire ! Les médecins Unanis prétendent que les vieux bijoux, du fait de leur oxydation, contiennent des éléments chimiques à l'état pur. Cette oxydation se traduit par une poudre blanchâtre ou brunâtre.
Tout en concédant que c'est une thérapeutique coûteuse, ils disent que l'oxyde de l'or s'attaque à la tuberculose et l'oxyde d'argent régularise la fonction cardiaque. Certains de ces très vieux remèdes sont administrés encore maintenant à l'hôpital d'Hyderabad, considéré à juste titre comme moderne et bien équipé.

En thérapeutique, les pierres précieuses seront donc ingérées avec des alimente ou portées sur le corps, c'est ainsi que le diamant fut utilisé de nombreuses fois pour guérir diverses maladies, y compris l'aliénation mentale et la peste. Hildegarde de Bingen préconisait, en 1150, de faire porter un diamant en bouche par les menteurs et par les coléreux, afin de les guérir de leur infirmité. Le même exercice étant recommandé pour mieux supporter un jeune particulièrement dur.

L'empereur Frédérique II aurait été empoisonné par un diamant pulvérisé parce que, dit la chronique, "Le diamant étant suffisamment dur pour pénétrer le fer, raya ses viscères'. Par contre, L.Levin, qui fit des recherches sur les poisons, déclara que la poudre de diamant, aussi bien que le verre pulvérisé pouvait au contraire être avalée sans danger ; c'est peut-être pourquoi en 1254, Conrad IV de Hohenstaufen fut victime d'une autre méthode : la légende raconte qu'il fut assassiné en Italie au moyen d'un clystère contenant de la poudre de diamant mélangée au lavement. Cette poudre, encore une fois aurait 'provoqué le rayage de ses viscères".

Il est aussi arrivé que l'on ait attribué au diamant un r8le qu'il n'ait jamais joué ; par exemple quand on a affirmé que la fameuse "poudre de succession', rendue célèbre par l'histoire de France du 16e siècle, contenait surtout du diamant pulvérisé. En réalité c'est surtout l'arsenic qui, à cette époque, éclaircit quelque pou les rangs de la noblesse.

En 1534, la maladie eut raison du Pape Clément VII. Pourtant 9 durant les quinze derniers jours de sa vie, son médecin lui administra pour 40.000 Ducats de poudre de diamants et de diverses autres pierres précieuses. Les comptes du Vatican font foi d'une dépense de 3.000 Ducats pour une seule de ces prescriptions.

Comme le diamant, le rubis joua un grand r8le dans la médecine ancienne. Cette pierre aussi était considérée comme un remède préservant la santé, que ce soit comme antipoison ou pour combattre des maladies spécifiques telle la peste. La médecine sanscrite prescrit le rubis contre les "gonflements' et les affections biliaires. Il existait un fameux élixir de rubis qui y aujourd'hui encore est recherché et utilisé dans les régions du sud de l'Asie. L'on affirme là-bas que le rubis et le saphir purifient le sang, fortifient le corps et apaisent la soif en cas de fièvre. C'est enfin un remède efficace contre l'état dépressionnaire.

Le saphir est de grand secours contre la morsure des scorpions et des serpents 'Pierre des yeux", il protège cet organe des corps étrangers et contribue à éliminer ceux qui s'y seraient introduits.

Jean-Baptiste Van Helmont (1577-1644), médecin-philosophe bruxellois, frictionnait les plaies des pestiférés avec un saphir bleu foncé ou vert

Sainte Hildegarde recommande l'emploi d'une topaze pour améliorer la vue le malade devait, chaque soir avant coucher, s e frotter les yeux avec une topaze préalablement nettoyée dans du vin. Elle était convaincue que la topaze possédait la faculté de neutraliser "toutes les humeurs nuisibles du corps".

L'émeraude est valable contre les poisons particulièrement pour éliminer l'infection d'une plaie. Elle combat efficacement l'influence des mauvais esprits portée au cou. l'émeraude protège de la malaria et de l'épilepsie Au XII siècle, le médecin Hispano-Arabe Avenzoarp soignant un homme empoisonné par une plante vénéneuse, lui fit mettre une émeraude en bouche pendant qu'il lui en appliquait un second fragment sur l'estomac.

La meilleure cure contre la dysenterie se pratiquait en suspendant une émeraude à toucher le ventre du patient tandis qu'il en gardait une autre dans la bouche !
Un cataplasme de poudre d'émeraude était appliqué aux lépreux ingérée avec de l'eau, cette poudre guérit les hémorragies.

La médecine Indoue du XIIIE siècle administrait de la poudre d'émeraude aussi bien comme purgatif que pour guérir la dysenterie ; elle servait à modérer les sécrétions biliaires et à redonner de l'appétit.

D'autres sources signalent qu'il faut utiliser la poudre d'émeraude pour combattre la dépression et "favoriser la masculinité" ; elle renforce et éclaircit l'esprit et elle améliore l'argumentation si l'on est appelé à faire un plaidoyer

Hubert MORNARD
S.B.G. D.Gem.G.